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L'Institut de pastorale est le centre universitaire montréalais du Collège universitaire dominicain, fondé en 1900, dont le siège social est à Ottawa.

Depuis près de 800 ans, la tradition spirituelle et intellectuelle des Dominicains se caractérise par la recherche de la vérité, l'exigence, la rigueur et la liberté dans la réflexion, une sensibilité aux contextes culturels et sociaux, le service explicite de l'Évangile et de l'intelligence de la foi.

Depuis 1960, l'Institut de pastorale incarne cette tradition à Montréal, dans les domaines de la vie chrétienne et ecclésiale. Professeurs et étudiants y forment une communauté d'apprentissage et de recherche, dans l'esprit des collèges qui étaient l'unité de base des universités dès leur fondation au Moyen Âge. C'est l'université à taille humaine !

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Revue "la vie spirituelle"

Ce numéro de la revue « la vie spirituelle » porte sur le thème de la seconde conversion.

Il a été préparé par l'équipe de l'Institut de pastorale et les articles sont disponibles dans notre bibliothèque virtuelle : Janvier 2004

Dessin de de Jean-François Kieffer,
Mille images d'évangile,
Presses d'Ile de France, 2000

Galilée et Judée : terres d'évangélisation

Francine Robert,
Prêtre et Pasteur, vol.105 n° 7 (juillet-août 2002), p.393-400

Dans l'Évangile de Mc, la géographie configure la mission de Jésus en deux grandes étapes : succès en Galilée, conflit et passion à Jérusalem. Dès le départ, Jésus vient en Galilée, où il proclame la Bonne Nouvelle de Dieu : « Le temps est accompli et le Règne de Dieu s'est approché... » (1,14-15). La Galilée et ses environs sont alors le théâtre d'une activité intense et prolongée de Jésus : neuf chapitres du livre de Mc, regroupant seize guérisons ou signes miraculeux et plusieurs scènes de foules désireuses d'entendre Jésus ou d'en appeler à sa compassion. En chemin vers Jérusalem au chapitre10, Mc place la dernière guérison. Dès le chapitre 11, la tension monte : le geste violent de Jésus au Temple et une série d'affrontements avec les chefs religieux nous mènent tout droit à la condamnation. Sauf au moment de l'entrée dans la ville, sous les acclamations de la foule, jamais en Judée on ne respire ne serait-ce qu'un peu l'ambiance galiléenne d'une Bonne Nouvelle de salut clairement manifestée et joyeusement accueillie. À Jérusalem le ton est au drame.

Le livre de Mc organise donc l'opposition des espaces Galilée / Judée. Dans sa section galiléenne, deux fois des scribes de Jérusalem viennent contester Jésus (3,22ss ; 7,1ss). Inversement, dans la section judéenne la Galilée est dite deux fois le lieu de rencontre du Ressuscité (14,28 ;16,7). Ne le cherchez pas en Judée, nous dit Mc ! Chauvinisme régional ? Non, car chez Mc la Galilée a des frontières poreuses  : Jésus passe constamment en pays voisin. Et dans l'espace galiléen aussi Mc construit l'opposition accueil / refus. Comme au chapitre 7, où le débat sur les interdits alimentaires montre Jésus en rupture avec les traditions de son pays ; Mc concrétise aussitôt cette rupture par un déplacement de Jésus vers Tyr et la Décapole, régions païennes où il guérira deux personnes et nourrira la foule. Mc transgresse ainsi une opposition spatiale plus fondamentale, celle de l'identité religieuse : terre juive / terre païenne. Chez Mc, la Galilée est véritablement le Gelil-hagoyim, le « District des nations » désigné en Is 8,23, au début de nos lectures de Noël : le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Terre d'Israël et terre des païens, espace narratif où un chef de synagogue voisine un troupeau de porcs (5,11.22). Terre d'évangélisation à l'échelle planétaire !

Les Évangiles de Mt et Lc suivent d'assez près cette grande division de Mc en deux espaces-temps. D'où notre perception globale  : tant que Jésus proclame la Bonne Nouvelle aux gens simples des régions rurales de Galilée, on l'accueille bien malgré l'acrimonie de quelques pharisiens. C'est Jérusalem qui ne veut pas de lui, c'est là qu'on le refuse et le condamne. Cette construction de Mc reflète en bonne part l'expérience du Jésus de l'histoire, comme on le verra dans un premier temps. Par ailleurs, l'organisation de Mc en deux « espaces-réactions » distincts est moins étanche qu'il n'y paraît. Dans l'itinéraire qu'il balise pour son lecteur, Mc explore des « Galilées » et des « Judées » qui figurent sur les cartes intérieures de toute expérience croyante. On observera cet aspect de Mc en second lieu.

1.  Jésus le Galiléen

Contrairement à la schématisation de Mc, Jésus est souvent monté en Judée, comme l'illustre l'Évangile de Jn. Mais sans aucun doute la Galilée l'a plus apprécié, jusqu'à l'enthousiasme populaire. Il est là chez lui, simple citoyen solidaire d'un peuple courbé sous la domination de Rome et d'Hérode ; gens exposés à la précarité économique, au chômage et à l'endettement. Les paraboles reflètent leurs soucis quotidiens, révélant un Jésus attentif et impliqué. Dans ce monde de petits à la merci d'une mauvaise récolte ou d'une maladie grave, Jésus a passé en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient tombés au pouvoir du diable, car Dieu était avec lui, selon l'une des plus anciennes proclamations de foi chrétienne (Ac 10,38).

Prenant le relais de Jean emprisonné par Hérode Jésus, prophète du Règne de Dieu, fait passer la Bonne Nouvelle du désert aux villages, champs, synagogues et maisons. C'est surtout par l'action qu'il témoigne du Dieu qui l'habite. Action transformante et libératrice inscrite dans les corps et dans le tissu social : malades redressés, aliénés retrouvant leur dignité, démunis et pécheurs invités à la table commune. Au questions de Jean sur lui, Jésus répond encore par l'action : « annoncez ce que vous entendez et voyez : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts sont réveillés et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. » (Mt 11,2-6). Dans son enseignement, Jésus nomme Dieu comme source de son agir : « si c'est par le doigt de Dieu que j'expulse les démons, le Règne de Dieu est donc arrivé pour vous » (Lc 11,20). Voilà d'où surgit l'espérance ! De ce lien étroit entre la proclamation de Dieu et l'action salutaire qui expulse les forces aliénantes. Pas seulement être accueilli, nourri ou guéri une fois, mais apprendre que cela manifeste le rêve même de Dieu pour soi et pour le monde. On comprend que cette Bonne Nouvelle soulève les foules, suscite des disciples et donne corps aux plus grands espoirs  : le Règne de Dieu arrive, avec ses renversements d'un monde fondé sur la loi du plus fort et de l'exclusion. La parole-action de Jésus nourrit en eux l'espérance et la foi que Luc reflète dans la prière de Marie : « Il déploie la force de son bras et disperse les hommes orgueilleux, Il renverse les puissants de leurs trônes et élève les humbles, il comble de biens les affamés et renvoie les riches les mains vides. » (Lc 1,51ss). Aucun doute : la mission galiléenne de Jésus a rencontré un accueil enthousiaste. Sa renommée se répandit aussitôt partout, dans toute la région de Galilée. Et l'on venait à lui de toutes parts (Mc 1,28.45).

Bien sûr il fait des mécontents. En Galilée plusieurs scribes et pharisiens sont mal à l'aise avec les options de Jésus. Non pas avec sa compassion et son annonce du Règne, mais avec le déplacement d'horizon que cela entraîne : il soumet la Loi de Dieu au dynamisme renversant du Règne. Quand l'application de la Loi contredit le Règne, la Loi doit céder, car le Règne et l'amour sont de première urgence (Mc 3,1-6). En appeler ainsi au jugement responsable de chacun, même les non-instruits, pour peser chaque fois la Loi au critère de l'amour, voilà une liberté intolérable pour plusieurs.

À Jérusalem, les chefs religieux réagiront plus énergiquement. Responsables de garder le peuple dans l'Alliance par la fidélité à la Loi, ils doivent protéger cet essentiel que Jésus menace. Et cet autre essentiel : le Temple, signe de la présence de Dieu à son peuple, que Jésus attaque. Ce devoir, qui relève de leur autorité, trouve aussi d'autres motivations moins nobles : les renversements du Règne ne sont pas objet d'espérance pour des gens déjà bien en selle aux plans politique, social et économique. La fragile pax romana doit être maintenue. Ils n'ont pas besoin de prophète, encore moins de messie et de soulèvement populaire. La décision à prendre est claire : « il est de votre intérêt qu'un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière » (Jn 11,50), illustrant ainsi la tendance des élites de tous temps à confondre les intérêts du peuple avec leurs propres intérêts.

Malgré son schématisme artificiel, l'opposition Galilée / Judée qui structure le livre de Mc trouve donc ses racines dans la vie même de Jésus. C'est la « Judée » en tant que centre d'autorité, sûr de son système et de sa théologie, convaincu de sa supériorité religieuse sur la Galilée, prudent et fermé aux bouleversements suscités par le prophète galiléen. Au plan de l'histoire, la mise à mort de Jésus en Judée est la conséquence directe de son action au nom du Dieu qui l'anime. Les premiers chrétiens comprendront qu'en le ressuscitant, Dieu manifeste qu'il se reconnaît dans la vie et les options de ce Jésus condamné et exécuté.

2.  Une géographie catéchétique

Les Évangiles ne sont pas des « vies de Jésus » mais des relectures de cette vie à la lumière de la foi pascale. Foi qui, peu à peu, renversera complètement le regard porté sur la mort de Jésus. Chez Mc particulièrement, cette mort n'est plus pensée comme une conséquence, dans un lien de cause à effet avec l'agir de Jésus, mais plutôt comme point de départ pour comprendre cet agir. Elle est posée d'emblée comme lieu fondamental de révélation du Dieu de Jésus. Comme Paul, Mc propose une théologie de la croix, scandale pour les Juifs, folie pour les païens (1Co 1,23). Non pas que Mc ré-invente la vie de Jésus mais, utilisant les morceaux de traditions élaborés avant lui, il les reformule et les assemble en une pédagogie du mystère : celui de ce Jésus condamné à mort cru comme Christ et Fils de Dieu (1,1). Ces deux titres que la foi donne à Jésus commandent la structure du livre de Mc en deux grandes parties : il faut huit chapitres pour qu'un homme donne à Jésus le titre de Christ (i.e. messie, 8,29) ; et le lecteur devra attendre la mort en croix pour qu'un autre le dise fils de Dieu (15,39). Un peu comme si Mc prévenait son lecteur : il faut un long chemin pour comprendre ce qu'on dit quand on dit cela de Jésus. L'itinéraire du croyant vers la croix, chez Mc, commande aussi sa géographie ; « Judée » et « Galilée » seront chargées d'un surplus de sens.

• La Galilée ambivalente de Mc

Dès Capharnaüm de Galilée, dans la « maison de Jésus », Mc profile la « Judée ». Il aligne très tôt une suite de cinq contestations. La première inscrit l'accusation de blasphème qui, au procès, condamnera Jésus (2,7 ; 14,64) ; et la cinquième se termine sur un complot pour le tuer (3,6). La force de Jésus en paroles d'autorité et en guérisons étonnantes est pourtant reconnue (1,27s), mais lui sera inutile. D'ailleurs Jésus échappe constamment à la fascination que cette puissance exerce sur les gens, car Mc impose à la mission galiléenne un rythme de déplacement effarant. Tous te cherchent ! disent les disciples. Allons ailleurs... répond Jésus (1,37s). De la maison au bord du lac, en mer et en montagne, de Nazareth à Tyr en territoire païen, etc., Mc dépeint l'enthousiasme envahissant des gens. Et il encadre la demande d'un signe clair de « caution divine » par deux traversées du lac  : Jésus se dérobe à cette demande. [1]

Théâtre de toutes les guérisons sauf une, la Galilée élargie de Mc se structure progressivement en une autre opposition spatiale : dedans / dehors. Peu à peu, ceux qui seraient naturellement « dedans », dans une relation de proximité avec Jésus, passeront tous « dehors ». Les pharisiens d'abord, ces hommes fervents qui espèrent le Règne de Dieu  : Jésus les attire mais sa liberté les rebute. La famille ensuite : concluant que Jésus a perdu la tête, elle perd sa proximité naturelle au profit de la foule qui, dans la maison, écoute sa parole (3,21.31ss). Peu après, ceux-là même de la foule, qui écoutent les paraboles sans se poser de question, deviennent à leur tour « ceux-là du dehors », qui regardent sans voir et entendent sans entendre (4,9-12.20), opposés aux disciples qui interrogent Jésus. Finalement Jésus qualifiera mêmes les disciples comme ceux du dehors : ils ne voient pas, n'entendent pas, ne comprennent pas (8,13ss). L'espace du « dedans » s'est peu à peu vidé ! La mission galiléenne, celle des accueils enthousiastes, s'achève sur l'aveuglement de tous et la solitude de Jésus. Chez Mc, la moitié du chemin est faite : les guérisons manifestent bien le Dieu qui aime, mais induisent une fausse compréhension de sa puissance.

Dès que Pierre nomme Jésus « Christ », Mc casse le rythme galiléen rapide et entame un nouveau chemin : celui de la passion. Région du sud, la « Judée » du rejet commence pourtant à l'extrême nord, en chemin vers Césarée (nom d'hommage au pouvoir impérial), où Jésus commença à leur enseigner... sa mise à mort (8,31-33). La « Judée » est là en un double rejet : le rejet par les autorités religieuses est annoncé par Jésus, et le rejet par les disciples est immédiat. Pierre refusant la passion amorce déjà, en Galilée, son refus de reconnaître Jésus prisonnier du sanhédrin. C'est le rejet et le reniement d'un messie sans succès livré aux hommes, porteur d'un Dieu qui ne s'impose pas par le merveilleux. Le thème du chemin rythmera ensuite le texte jusqu'à Jérusalem ; Mc l'associe aux annonces de la passion et à la formation des disciples. S'il faut encore traverser la Galilée, ce sera en secret (9,30), car ses routes sont celles du désir de la puissance divine, désir mal ajusté au Dieu que révèle la croix. Cette Galilée-là est à l'intérieur de Pierre, dont le désir sur le messie refuse la passion, comme une Galilée interne à tout croyant dont l'évangélisation est à moitié faite. Sur le chemin qui monte en Judée (10,32s), Jésus enseigne la descente et l'abaissement de Dieu, i.e. la voie du serviteur et de l'enfant pauvres en pouvoir, en biens et en mérites acquis par la Loi [2] . Oui, il « enseigne en vérité le chemin de Dieu », comme Mc le fera dire, ironiquement, par des pharisiens tentant de le piéger entre César et Dieu (12,14). Ce chemin est lui aussi une géographie intérieure au croyant.

• La Judée, figure du pouvoir

Le chemin finit à Jérusalem. La ville de David accueille Jésus en Fils de David (11,7-10). Mc souligne l'ambiguïté que ce triomphe implique : les gestes de soumission au nouveau roi [3] et l'acclamation du « Règne qui vient, de notre père David » (Mt et Lc corrigeront). Le lendemain, le geste violent de Jésus au Temple soulève déjà la question de sa légitimité. Ce sera la première d'une nouvelle série de cinq controverses, rappelant celle de Galilée (11,27-12,37). Jésus provoque lui-même la controverse finale, pour dire qu'il ne sera pas le messie « fils de David », ou à la manière de David, royale et triomphante, mais bien à la manière du Seigneur de David. Il sera le fils bien-aimé envoyé aux vignerons meurtriers (12,6ss). Mc ouvre ce débat sur le fils de David par une question sur ce que les scribes, absents de ce récit, disent du messie. Il avait fait de même à propos d'Élie, autre figure glorieuse dont les scribes annoncent la venue avec le messie. À quoi Jésus répondait : « Élie est venu et ils lui ont fait ce qu'ils ont voulu », en allusion à Jean le Baptiste tué par Hérode (9,11-13). On sait qu'il en ira de même pour le messie qu'est Jésus. Mc conclut le débat sur David en précisant : la foule l'écoutait avec plaisir, tout comme Hérode, justement, écoutait Jean (6,20).

La ville du roi, ville du Temple et du sanhédrin, ne reconnaît les envoyés de Dieu que sous les traits du pouvoir, celui sur lequel peut s'appuyer l'institution. Au plan historique, la ville du pouvoir s'est senti menacée par l'action de Jésus et l'a éliminé. Chez Mc pour qui la croix est première, c'est aussi le choix de Jésus pour le non-pouvoir qui le rend irrecevable pour eux comme messie de Dieu. À la croix, encore, les autorités réclameront de voir un Dieu puissant, un « Christ, roi d'Israël » se sauvant lui-même (15,32 ; Mc est le seul à coupler les deux titres ici). C'est le centurion qui dira la foi de l'évangéliste (15,39 ; 1,1). Mc fait de ce soldat païen le premier homme désignant Jésus comme Fils de Dieu. C'est aussi la parole d'un seul homme, ce qui lui donne valeur de décision d'un sujet interprétant ce qu'il voit, i.e. la mort de Jésus (en Mt c'est une parole collective de frayeur devant les événements qui suivent la mort).

• Un itinéraire pour aveugles

Construisant ainsi les espaces de mission Galilée / Judée dans l'agencement de son récit, Mc ne fait pas de la géographie ni même de l'histoire. Il vise le lecteur et lui donne à penser. Le chemin qui mène de la Galilée enthousiasmée à la Judée en mal de roi est un itinéraire catéchétique pour lecteur-disciple. On a évoqué déjà la « Galilée intérieure » manifeste chez Pierre quand il refuse la passion. Sur le chemin que Mc fait commencer là, un aveugle est guéri, et un autre le sera à la toute fin de ce chemin (8,22ss ; 10,46ss). En marge des disciples enseignés, ces deux récits offrent au lecteur une figure de progression dans la suivance de Jésus. Comme souvent en Galilée, l'aveugle de Bethsaïda est amené par d'autres ; Jésus le conduira loin des gens. Mais à Jéricho, Bartimée prend l'initiative malgré la foule et réclame sa guérison à grands cris. La parole de Jésus et la foi de Bartimée suffisent à lui ouvrir les yeux, alors qu'il a fallu répéter les gestes de guérison à Bethsaïda. On peut comprendre de deux façons cette guérison bizarre en deux temps. À demi-guéri, il voit mal, comme ceux qui voient en Jésus Élie ou un prophète ; puis il voit bien, comme Pierre nommant Jésus le Christ. Mais cette parole de foi, Mc l'a fait suivre aussitôt du refus de la passion, suggérant que c'est une demi-confession de foi, par des disciples encore à demi-aveugles [4] . En fin de Galilée, chez Mc, on n'est qu'à demi évangélisé. Les difficultés des disciples aux chapitres 9 et 10 confirment bien ce point de vue : ils cherchent toujours en Jésus la figure glorieuse d'un Roi-Messie. Ces difficultés sont évoquées dans le récit de Bartimée : la question de Jésus « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » a été posée aux disciples juste avant (10,36). Ils demandaient à partager sa gloire. Lui se sait aveugle et demande à voir, enfin ! On lit aussi le titre « Fils de David » que Bartimée crie deux fois, titre messianique rappelant la parole de Pierre « Tu es le Christ ». Comme si cet aveugle désirant bien voir prenait le relais de Pierre, pour le lecteur. Il est encore aveugle lorsqu'il en appelle au Fils de David, titre ambigü crié aux portes de Jérusalem dans le récit suivant. Mais quand Jésus le convoque, il quitte sa dernière sécurité, son manteau, et l'appelle Rabbouni, « mon maître », au sens de « celui qui m'enseigne ». Titre moins élevé que « messie », pensons-nous ? mais titre certainement plus juste ici : après tout ce chemin d'enseignement intensif de Jésus aux disciples, on comprend qu'il faut dépasser le titre « Fils de David » si on veut se mettre à son école et voir ce qu'il dit de lui-même comme messie, et ce que cela révèle de Dieu. Une fois guéri, Bartimée suivra Jésus, comme un disciple (1,16-20 ; 2,14 ; 10,28), sur le chemin au bord duquel il restait jusque-là assis et immobile, sans progresser.

C'est ce chemin que Mc construit pour relier ainsi les deux régions d'abord opposées, Galilée et Judée. Un chemin intérieur qui va de la fascination du merveilleux populaire jusqu'à la fascination pour un Dieu Tout-Puissant. Deux formes d'aveuglement, deux régions de l'expérience croyante à évangéliser. Le chemin est à refaire pour le lecteur chrétien, comme le dit le jeune homme au tombeau vide. Pas de Jésus glorifié à contempler, chez Mc [5] . « Le crucifié-ressuscité vous précède en Galilée : c'est là que vous le verrez » (16,7).

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[1] 1,45 ; 2,1s ; 3,7s.20 ; 4,1 ; 5,24-31 ; 6,31-34.54-56 ; 7,24s.31-36 ; 8,1.9.10-13. Selon Christophe SENFT, « ...parce qu'il est autre chose qu'un faiseur de miracles et qu'un libérateur que les hommes feraient fonctionner au gré de leurs besoins et de leurs désirs - si légitimes soient-ils - de toutes sortes de libérateurs. La liberté qu'il apporte est la sienne qui, à la fois, est et n'est pas celle que l'homme désire. » L'Évangile selon Marc, (Essais bibliques 19), Labor et Fides 1991, p. 94.

[2] Mentions du chemin associé aux enseignements : 8,27 ; 9,30-34ss ; 10,13-17ss ; 10,32ss.

[3] Voir 2 Rois 9,12-13, lorsque Jéhu est désigné comme le nouveau roi : Aussitôt, tous prirent leurs manteaux et les étendirent sous lui, sur les marches d'escalier. Ils sonnèrent du cor et crièrent « Jéhu est roi ! »

[4] Sur cette lancée, l'image étrange des gens que l'aveugle à demi-guéri voit comme « des arbres qui marchent » pourrait être suggestive. Les seuls arbres qui marchent dans la Bible se mettent en route en quête d'un roi à « messier » (oindre) pour le placer à leur tête ! C'est une parabole racontée en Juges 9,8-15.

[5] La finale 16,9-20 est un ajout postérieur à la version originale de Mc.