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L'Institut de pastorale est le centre universitaire montréalais du Collège universitaire dominicain, fondé en 1900, dont le siège social est à Ottawa.

Depuis près de 800 ans, la tradition spirituelle et intellectuelle des Dominicains se caractérise par la recherche de la vérité, l'exigence, la rigueur et la liberté dans la réflexion, une sensibilité aux contextes culturels et sociaux, le service explicite de l'Évangile et de l'intelligence de la foi.

Depuis 1960, l'Institut de pastorale incarne cette tradition à Montréal, dans les domaines de la vie chrétienne et ecclésiale. Professeurs et étudiants y forment une communauté d'apprentissage et de recherche, dans l'esprit des collèges qui étaient l'unité de base des universités dès leur fondation au Moyen Âge. C'est l'université à taille humaine !

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d'une conversion à l'autre

Revue "la vie spirituelle"

Ce numéro de la revue « la vie spirituelle » porte sur le thème de la seconde conversion.

Il a été préparé par l'équipe de l'Institut de pastorale et les articles sont disponibles dans notre bibliothèque virtuelle : Janvier 2004


 

Jean-François KIEFFER,
Mille images d’évangile.
Les Presses d’Île De France, 2000

Du Jésus-laïc au Christ-prêtre

Francine Robert
Communauté chrétienne 151 (1987),
« Laïcs : l'inconfort et l'indifférence »

Je suis la porte, dit Jésus ;
il n'est pas derrière la porte...

Pierre Talec

Beaucoup de chrétiens voient en Jésus le premier prêtre, chef des premiers apôtres–prêtres–évêques. Cette image vient entre autres d'un réflexe souvent inconscient : on projette sur le message – ici, Jésus comme Bonne Nouvelle du salut de Dieu – les formes du médium qui nous transmet ce message, dans ce cas-ci la hiérarchie sacerdotale chargée de la gestion des rapports avec Dieu. (1)

Le Jésus des Évangiles est un laïc. Ce statut de laïc dit à la fois peu et beaucoup quant à nos propres distinctions clercs–laïcs. Il dit peu parce qu'à lui seul il ne rend pas compte de ce qui nous est proposé, en Jésus, comme modèle de relation à Dieu. L'auteur de l'Épître aux Hébreux en témoigne d'ailleurs, en élaborant sa réflexion sur le Christ Grand-Prêtre. Mais le statut de laïc dit aussi beaucoup, parce que la position de Jésus dans le binôme clerc–laïc, et surtout notre empressement à le déloger de cette position, nous renvoient à nos propres besoins en matière d'institution religieuse. On ne peut se contenter de dire que Jésus ne pouvait évidemment pas être un prêtre du judaïsme, et nier du même coup toute parenté entre le système clérical de son temps et le nôtre. Développée au coeur de l'aventure biblique, la distinction clerc–laïc que rencontre Jésus correspond à certaines aspirations profondes de tout groupe religieux : comment pouvons-nous approcher du Dieu tout Autre ? quel pont peut être jeté entre notre monde et le sien ? (2) La mise en place de mécanismes régulateurs, l'élaboration des catégories sacré–profane et l'organisation d'une hiérarchie cléricale responsable du sacré font partie des réponses qu'Israël s'est données, et que nous nous sommes données nous aussi.

Le Jésus–laïc des Évangiles a remis en question le système de réponses d'Israël. Le Ressuscité–Prêtre de l'Épître aux Hébreux, lui, l'a assumé et transformé de fond en comble. Essayer de mieux comprendre ce système religieux et y reconnaître, au-delà des différences de formes, certains des mécanismes qui gouvernent nos propres efforts vers Dieu, nous aiderait peut-être à mieux recevoir, pour aujourd'hui, ces questions et transformations qui sont Bonne Nouvelle de Jésus Christ.

Le sacerdoce et la porte du sacré

Le comment des relations entre Dieu et son peuple est au centre de la réflexion biblique. Le peuple d'Israël s'est donné deux institutions pour baliser cette relation : la Torah (Loi de Moïse) et le Sacerdoce du Temple. Voyons d'abord ce dernier, toujours en vigueur au temps de Jésus.

Le prêtre est celui qui a la responsabilité des rapports avec Dieu. Profondément pénétré de la sainteté de Dieu, l'Israël biblique est conscient de l'énormité du fossé à franchir pour l'atteindre. Personne, au départ, n'a la sainteté requise. Une transformation est donc nécessaire, qui prend la forme d'un passage du profane au sacré : il faut devenir soi-même imprégné de sainteté, « consacré ». Cette consécration repose sur un système de séparations rituelles : une tribu, celle de Lévi, est mise à part, « séparée », pour se consacrer au service de Dieu. De cette tribu, quelques familles sont mises à part, et enfin quelques hommes de ces familles. Le prêtre, par ces séparations successives, est ainsi éloigné du monde profane pour appartenir à la sphère du sacré. Diverses pratiques rituelles symbolisent cette consécration (Ex 29 ; Lv 9). Le prêtre devra garder continuellement le souci de se purifier des contacts profanes ; l'exercice de ses fonctions demande qu'il évite tout ce qui, en le ramenant au niveau profane, l'empêcherait de s'approcher de Dieu.

Le mécanisme de séparation joue aussi au niveau du lieu : on rencontre Dieu dans un lieu saint – le Temple – réservé au culte et interdit partiellement au public non consacré. La séparation s'exerce par des espaces définis, du plus loin au plus près du Saint des Saints : sont empêchés d'avancer successivement les non-Juifs, puis les femmes et les enfants du peuple juif, ensuite les hommes, et finalement même les Lévites et les prêtres. Seul le Grand-Prêtre peut entrer derrière le voile qui ferme le Saint des Saints, une fois l'an, pour la liturgie du pardon.

L'offrande des sacrifices constitue le rôle essentiel du prêtre. Faute de pouvoir passer lui-même entièrement dans le monde du divin, il sacrifie – il rend sacré – un animal choisi avec soin. Immolé, offert sur l'autel et brûlé, cet animal sera totalement soustrait au monde profane. Sa vie précieuse, devenue fumée montant vers le ciel, est présentée rituellement à Dieu en offrande au nom du peuple, ou d'une personne. La série des séparations qui opèrent le passage progressif du profane au sacré culmine dans cette offrande sacrificielle : si elle est digne de Dieu et agréée, elle aura pour effet de mettre le prêtre en bons rapports avec Dieu. Par son intermédiaire, le peuple peut obtenir alors les dons de Dieu : le pardon des péchés, la connaissance des voies du salut et les bénédictions. (3)

Le fonctionnement de la médiation sacerdotale se déploie donc en 3 phases :

A. une phase ascendante vers Dieu, assurée par les séparations successives du profane vers le sacré ;

B. une phase centrale qui résulte d'une phase A réussie : le prêtre est admis dans une relation privilégiée à Dieu ;

C. une phase descendante, visée ultime du culte : le prêtre devenu médiateur (intermédiaire) transmet au peuple les bienfaits de Dieu. (4)

À l'exception des sacrifices d'animaux qui prennent sens pour un peuple à économie rurale, cette approche de la relation entre Dieu et l'humain n'est pas étrangère à notre propre expérience religieuse. Les mécanismes du prêtre–médiateur et les séparations sacré–profane prennent simplement d'autres formes. Plusieurs de nos aménagements concrets de la distinction clerc–laïc en témoignent.

Une porte du sacré fermée à Jésus

Pour Jésus de Nazareth, toute participation à l'institution sacerdotale est exclue : il n'est pas né dans une famille de prêtre, ni même dans la tribu de Lévi, mise à part pour le service de Dieu. Dans l'échelle des séparations rituelles qui conduisent du profane au sacré, Jésus est presqu'à l'échelon le plus bas : celui des hommes du peuple élu. Les foules qui viennent à lui ne s'y trompent pas. On se demande s'il est le Prohète, voire le Messie, mais on sait qu'il n'est pas prêtre. Selon le binôme clerc–laïc de l'époque, donc, Jésus est bel et bien né et resté laïc. Mais l'extériorité de cette classification nous laisse sur notre faim. Comment Jésus s'est-il situé face aux enjeux sous-jacents à l'institution sacerdotale ? et face au modèle de relation homme–Dieu qu'elle propose ? À ce sujet, ses rapports avec les Pharisiens, plutôt qu'avec le Temple, sont fort révélateurs.

Une porte élargie

Les Pharisiens, mouvement spirituel de laïcs, contestent en effet le monopole de sainteté et de proximité de Dieu mis en oeuvre par la puissante institution sacerdotale. De nombreux scribes – laïcs spécialistes de la Torah – animent ce mouvement par leur souci d'enseigner et d'actualiser la Loi de Moïse afin de la rendre accessible au plus grand nombre. Ces hommes de foi profonde et d'idéal moral élevé considèrent toute la Torah, bien plus vaste que le culte, comme lieu du cheminement vers Dieu. Ils souhaitent « démocratiser » l'accès à la sainteté en étendant à tout le peuple les règles de pureté rituelle réservées normalement aux prêtres en exercice. En mettant ainsi à l'honneur la Loi de Sainteté, comme vocation du peuple à être saint jusque dans son vécu quotidien (Lv 19,2ss), les scribes pharisiens soulèvent une grande espérance chez les masses : elles aussi, comme ces laïcs, peuvent être proches de Dieu ! Conçue à partir du modèle sacerdotal, cette relation à Dieu repose en partie sur le principe de séparation sacré–profane, comme en témoigne le nom même du mouvement pharisien, de la racine PRS qui signifie « séparé ». Pour tout Pharisien consciencieux, le souci de pureté rituelle et les prescriptions légales de séparation font partie des moyens de s'approcher de Dieu. Tout contact avec quiconque respecte moins ces lois entraîne un recul vers le profane et entrave leur effort vers Dieu. Ainsi érigée en système, cette « nouvelle » voie de salut, au départ non-élitiste, ressemble à ce que nous appellerions aujourd'hui un néo-cléricalisme. C'est bien la même porte, juste un peu plus large.

Un Dieu à l'autre porte

Confronté à ces conceptions de la relation à Dieu, Jésus opère un déplacement radical. Il annonce la proximité du Règne de Dieu (Mc 1,15), l'irruption maintenant et pour tous et toutes de cette Présence dont on contrôle soigneusement l'accès. Jésus mange avec pécheurs et publicains, touche lépreux et prostituées, s'approche de païens et Samaritains. Selon le système des séparations, cette fréquentation de gens inaptes à s'approcher de Dieu le contamine et le rend inapte lui aussi. Mais Jésus témoigne de cette inversion stupéfiante : c'est Dieu qui veut s'approcher d'eux ! Ce Dieu part en quête d'une brebis égarée et fête le fils revenu, invite à sa table les éclopés qui traînent les rues et exauce la prière du publicain (Lc 14,15-24 ; 15,1-32 ; 18,9-14). Les exclus du sacré comprennent vite cette Bonne Nouvelle : Zachée accueille Jésus, « tout joyeux », le publicain Lévi lui organise un banquet et la Samaritaine lui amène toute la ville ! (Lc 19,1-10 ; 5,27-29 ; Jn 4,5-42)  L'irruption du Règne dans leur vie, la découverte que Dieu peut se faire proche d'eux, enclanche ce retournement intérieur qui s'appelle conversion et accueil du salut. (Mc 1,14s)

Les tenants du système de distinction sacré–profane ne s'y trompent pas : la pratique de Jésus fait éclater un tel système. Les Évangiles synoptiques font largement état de leurs réactions devant la liberté de Jésus et de ses disciples. Et si nous acceptions de nuancer un peu le regard caricatural que nous portons sur les Pharisiens, nous pourrions peut-être comprendre cette réaction qui tend à protéger les balises institutionnelles et sécurisantes des rapports avec Dieu (Mt 5,20).

Prophète du Règne de Dieu, Jésus s'oppose à la fois aux clercs et aux laïcs cléricalisants. Il se situe en fait au-delà des distinctions clerc–laïc. Le Dieu qu'il révèle surgit hors de ce système, pour appeler à la conversion, à l'espérance et au courage d'aimer. Cet appel au « plus-être » qu'entraîne l'accueil d'un tel salut n'est pas « institutionnalisable » : il met en marche vers l'horizon des Béatitudes (Lc 6,20ss) et du Sermon sur la Montagne (Mt 5-7).

La médiation du Christ

Il ne faut donc pas s'étonner que les premiers apôtres et chrétiens n'aient pas songé à présenter Jésus comme un prêtre, ni à s'identifier eux-mêmes à des prêtres, ni à créer un sacerdoce ou un clergé chrétien. Dans toute la littérature du Nouveau Testament, seule l'Épître aux Hébreux fait référence à ce modèle. Son originalité consiste justement à faire du sacerdoce du Christ le point capital (He 8,1) de son enseignement. Pourquoi l'auteur – par ailleurs inconnu – d'Hébreux tient-il à introduire cette originalité doctrinale ? Vraisemblablement parce que comme théologien juif chrétien, il réfléchit sur l'accomplissement total du dessein de Dieu en Jésus, dessein dont les traits déployés dans l'Ancien Testament incluent l'institution sacerdotale. Celle-ci ne se trouve-t-elle pas, elle aussi, renouvelée par le Christ ?

Pour répondre à sa question, l'auteur d'Hébreux scrute les Écritures à la lumière de sa foi au Christ ressuscité, afin de dégager la signification profonde du sacerdoce, dont la visée, nous l'avons vu, est d'établir la relation entre les humains et Dieu. Pour réaliser cela, le prêtre doit être accrédité pour les rapports avec Dieu et miséricordieux envers les hommes (He 2,17). Accrédité auprès de Dieu, le Christ ne l'est-il pas plus que tout autre ? Dieu l'a ressuscité et introduit dans sa gloire ; il a droit désormais aux titres de Fils, Premier-Né et Seigneur (He 1,5.6.10). L'autre volet de la médiation concerne l'enracinement humain. Or voici que nous pouvons avancer avec pleine assurance (He 4,16) vers Celui qui siège à la droite de Dieu, car Celui-là est notre frère ; il a partagé notre humanité.

On reconnaîtra dans ces deux « qualifications » du Christ les deux premières phases de la médiation sacerdotale, présentées plus haut. La phase centrale  B   d'abord, celle de l'admission du prêtre en présence de Dieu, et la phase ascendante  A   qui commence par la consécration du prêtre pris d'entre les hommes (He 5,1). Cette phase est celle de l'offrande du sacrifice. Au creux de sa Passion, l'offrande de Jésus a été prières et supplications, avec grand cri et larmes (He 5,7). C'est cette prière de Jésus, ouverture totale à l'initiative divine, qui rend sa Passion sacrificielle, c'est-à-dire lieu de dialogue et d'union entre son Père et lui. Dans sa façon de vivre la souffrance et l'échec, Jésus « a porté à une perfection insurpassable sa relation avec Dieu et sa relation avec les hommes, et a scellé l'une à l'autre ces deux relations au plus profond de son être. » (5) La rencontre, en lui, de la solidarité totale avec la détresse de ses frères et de l'adhésion parfaite à l'action de Dieu en fait le médiateur par excellence : à l'issue de la Passion, son humanité se voit transformée par Dieu qui le proclame Grand-Prêtre à la manière de Melchisédek (He 5,9-10). En lui devient possible la communion entre Dieu et nous : Il devient pour tous ceux qui lui obéissent cause de salut éternel, Grand-Prêtre des biens à venir (He 9,11), réalisant ainsi la phase ultime  C  de la médiation sacerdotale.

Une nouvelle alliance

L'auteur de l'Épître aux Hébreux affirme donc que Jésus devenu Christ mène à son accomplissement l'institution sacerdotale de l'Ancien Testament, et va plus loin : Christ est prêtre pour l'éternité et le sacrifice est accompli une fois pour toutes ! C'est pourquoi s'il était sur terre, il ne serait même pas prêtre (He 8,4). La référence à Melchisédek, figure sacerdotale non-institutionnelle, rend caduc le système des séparations sacré–profane. Désormais l'humanité transformée de Jésus sera le seul lieu-saint (la « tente », He 9,11 ; le Temple, Jn 2,21) où tous les autres humains sont conviés à entrer pour vivre la relation avec Dieu. Supprimée aussi la séparation entre le culte et la vie : le sacrifice qui plaît à Dieu sera l'existence humaine transfigurée par la foi, l'espérance et l'amour (He 10,23ss ; 13,16). Supprimée enfin la séparation entre les prêtres et le peuple : tous sont appelés à s'approcher de Dieu avec assurance, pour être vivifiés par Lui (He 10,14-22).

Ainsi l'auteur inverse le système traditionnel des séparations, et présente une dynamique chrétienne construite sur la communion : celle du Christ à nous et à Dieu. L'expérience d'homme de Jésus tient une place centrale dans la perspective proposée par l'Épître aux Hébreux : ce n'est pas en tant que « séparé », « mis à part » que Jésus peut devenir Grand-Prêtre, mais au contraire par sa solidarité extrême avec nous, qui le fait nous entraîner dans cette transformation en une humanité accueillante à Dieu. C'est bien là la nouvelle alliance qu'annonçait le prophète Jérémie (31,31-34, cité en He 8,8-11).

Nous avons bien du mal, apparemment, à croire en cette transformation opérée par le sacerdoce unique du Jésus–laïc devenu Christ–Grand-prêtre. C'est pourtant d'elle que Pierre parle en nous désignant comme une communauté sacerdotale (IPi 2,5.9). C'est elle aussi qu'évoque le Magistère en rappelant aux chrétiens leur « sacerdoce baptismal ». C'est ce bouleversement des règles cultuelles que nous évoquons chaque dimanche quand nous rendons grâce à Dieu car il nous a choisis pour servir en sa présence, quand nous Lui demandons de faire de nous – ou de tous ceux (et celles) qui vont partager ce pain et cette coupeune éternelle et vivante offrande à la louange de sa gloire (cf. Prières eucharistiques II, III et IV). Il est bien dommage que le silence de l'assemblée eucharistique, à ce moment, donne l'impression que ces paroles concernent seulement celui qui la préside, alors qu'en fait il les prononce en notre nom.

Médium et message

Le symbolisme du voile du Saint des Saints se déchirant du haut en bas au moment de la mort de Jésus (Mc 15,38) ne laissait aucun doute dans l'esprit des lecteurs de Marc : dans l'humanité de Jésus, qui inclue la fragilité et la mort, l'accès à Dieu échappait désormais à l'enclos du sacré (He 10,20). Puis les chrétiens, forts de cette Bonne Nouvelle, se sachant sanctifiés (Rm 1,7) et devenus hommes nouveaux (Col 3,10), se sont multipliés, organisés et donnés les services nécessaires à la construction de la communauté. Diversité des responsabilités et des ministères (ICo 12-14), temps plein... temps partiel... bénévolat... Mais l'instinct religieux étant ce qu'il est, les « permanents » sont redevenus des clercs et les autres des laïcs.

La déchirure du voile semble bien inconfortable...  Si le reprisage en douce du voile du Temple correspond à nos propres besoins, qu'au moins nous en soyons conscients. Nous pourrons alors relativiser – c'est-à-dire évaluer plus correctement – les instruments institutionnels que, comme Église, nous nous donnons à tel ou tel moment de l'histoire. Nous pourrons aussi, peut-être, recevoir plus en vérité l'interpellation évangélique qui fait apparaître l'écart entre le salut offert en Jésus le Christ et les manifestations concrètes par lesquelles nous nous le signifions les uns aux autres.


(1) Au sujet de la « décléricalisation de Jésus », voir l'intéressante analyse de Laval Létourneau, « Éclatement des représentations cléricales et émergences d'approches laïques de Jésus », Relations clercs–laïcs. Analyse d'une crise, Cahiers d'Études pastorales 1, Montréal, Fides, 1985.

(2) Cette image du pont apparaît dans le mot latin pontifex : 'qui fait un pont'. Le français pontife a servi à désigner les chefs de clergé, le grand-prêtre du judaïsme et le pape catholique.

(3) Rappelons qu'il y a diverses intentions associées aux sacrifices, comme la communion et l'action de grâce. Ils n'ont pas tous une visée expiatoire.

(4) Ce schéma, ainsi que la réflexion développée plus loin sur l'Épître aux Hébreux sont empruntés à A. Vanhoye, dans Le Message de !'Épître aux Hébreux, Cahiers Évangile 19, Paris, Cerf, 1977.

(5) A. Vanhoye, op. cit., p. 44.

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