L'Institut offre plusieurs cours de 15 heures et 30 heures, en plus du format courant de 45 heures.

Tous les cours de premier cycle sont ouverts aux auditeurs et auditrices libres, i.e. qui ne souhaitent pas suivre un programme universitaire.

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l'Institut de pastorale ?


L'Institut de pastorale est le centre universitaire montréalais du Collège universitaire dominicain, fondé en 1900, dont le siège social est à Ottawa.

Depuis près de 800 ans, la tradition spirituelle et intellectuelle des Dominicains se caractérise par la recherche de la vérité, l'exigence, la rigueur et la liberté dans la réflexion, une sensibilité aux contextes culturels et sociaux, le service explicite de l'Évangile et de l'intelligence de la foi.

Depuis 1960, l'Institut de pastorale incarne cette tradition à Montréal, dans les domaines de la vie chrétienne et ecclésiale. Professeurs et étudiants y forment une communauté d'apprentissage et de recherche, dans l'esprit des collèges qui étaient l'unité de base des universités dès leur fondation au Moyen Âge. C'est l'université à taille humaine !

L'Institut vise prioritairement le service pastoral des communautés chrétiennes, l'éducation de la foi et la proposition de l'Évangile dans le monde actuel.

L'Institut de pastorale partage le statut universitaire du Collège dominicain. Les programmes et les diplômes de l'Institut sont reconnus par le Ministère de l'Éducation du Québec.

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Revue "la vie spirituelle"

Ce numéro de la revue « la vie spirituelle » porte sur le thème de la seconde conversion.

Il a été préparé par l'équipe de l'Institut de pastorale et les articles sont disponibles dans notre bibliothèque virtuelle : Janvier 2004

« L'essentiel est invisible pour les yeux »

Denis Gagnon, o.p.
Conférence prononcée à la journée inaugurale de l'IP,
le 26 août 2006

Le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry a soixante ans. C'est l'âge de sa première édition en France, chez Gallimard. Mais le petit bonhomme avait déjà trois ans quand il a commencé à circuler dans les rues de Paris.

La naissance d'un petit bonhomme

En effet, il faut remonter jusqu'à l'été 1942. Il faut même franchir les frontières des États-Unis et atterrir à New York. Les Français en exil ont l'habitude de se retrouver au Café Arnold, sur Columbus Circle. Saint-Ex fréquente l'endroit.  Un jour, il partage le repas du midi avec son éditeur américain Eugene Reynal et Élisabeth, l'épouse de celui-ci. Pendant la conversation, Antoine griffonne un dessin sur la nappe de papier, comme il lui arrive souvent de le faire au restaurant. L'éditeur se penche et voit sur la nappe un gentil petit garçon aux cheveux blonds et frisés, une écharpe au cou qui vole au vent.

Il n'en fallait pas davantage. Reynal propose de faire de ce petit bonhomme le héros d'un conte pour enfants. Ce conte pourrait paraître pour Noël. La suggestion plaît à Saint-Ex, d'autant plus qu'il aime raconter des histoires aux enfants. [1]

Ainsi est né Le Petit Prince au bout du crayon d'un rêveur qui s'ennuyait dans le monde des grandes personnes. Une amie, l'actrice Anabella, se souvient de ses rencontres avec Antoine: « Nous partions ensemble pour le pays des contes de fées. Il s'ennuyait sur terre. On n'avait pas d'âge avec lui. On avait dix ans. » [2]

Quelques temps après, en convalescence dans un hôpital à la suite d'une opération chirurgicale, Saint-Exupéry commence à créer son héros. Le cinéaste René Clair lui avait offert une boîte d'aquarelle. « Sur son lit d'hôpital, Saint-Ex se remet à dessiner le petit personnage qu'il avait imaginé à la fin des années 1930. À l'époque, celui-ci était chauve, parfois ailé, et apparaissait en marge de sa correspondance ou de ses carnets. » Selon Alban Cerisier, « l'une des premières apparitions du Petit prince avec des cheveux figure dans une lettre à Léon Werth d'octobre 1939 » [3] . C'est d'ailleurs à ce Monsieur Werth qu'est dédié le conte.

À sa sortie de l'hôpital, l'auteur de Terre des hommes accouche de son conte à Long Island, au manoir de Bevin House. Consuelo, sa femme – une Salvadorienne descendante de conquistadors, a trouvé l'endroit, un lieu idéal pour un écrivain en pleine gestation. Saint-Ex, comme beaucoup d'écrivains, avait besoin de la solitude et du silence de la nuit pour écrire. La bibliothèque où il se retire est dépouillée. Même les étagères sont vides. Denis de Rougemont note dans son journal: « Géant chauve, aux yeux ronds d'oiseau des hauts parages, aux doigts précis de mécanicien, il s'applique à manier de petits pinceaux puérils et tire la langue pour ne pas "dépasser" ». [4]

Saint-Exupéry fait souvent appel à ses proches comme modèles. Ainsi, lors d'un bref séjour à Québec chez son ami Charles de Koninck, Thomas, le fils de celui-ci, futur doyen de la faculté de philosophie de l'Université Laval, lui sert de modèle pour quelques dessins du petit prince.

À la fin de l'année 1942, Antoine de Saint-Exupéry dépose le manuscrit chez son éditeur. Malheureusement, il ne reste pas assez de temps pour publier l'oeuvre avant Noël. Ce n'est qu'au printemps suivant, en 1943,  qu'on voit apparaître Le Petit Prince sur les étalages des librairies.

La première édition paraît en anglais et en français. Saint-Ex signe les 525 premiers exemplaires en anglais les 260 premiers en français. Gallimard possède une "option" automatique sur les ouvrages de Saint-Ex. La maison décide de publier ce qu'elle croit être déjà un chef d'oeuvre et un succès de librairie. Le Petit Prince paraît en France en avril 1946. Mais Antoine n'aura jamais vu cette édition puisqu'il est disparu mystérieusement le 31 juillet 1944, lors d'un vol d'avion. Il semble qu'on ait découvert récemment une épave près de Marseilles dans la Méditerranée. Il s'agirait de l'avion que pilotait Saint-Ex. « Je finirai en croix dans la Méditerranée », avait prédit l'auteur de Vol de nuit.

Le Petit Prince connaît un immense succès de librairie. Depuis 1943, on en a vendu 80 millions d'exemplaires. Depuis 63 ans, c'est une moyenne de 3500 exemplaires vendus par jour. Dans une enquête auprès des Français, ceux-ci placent l'oeuvre au troisième rang de leurs livres préférés, après la Bible et Les Misérables de Victor Hugo.

Sur la couverture de l'édition allemande de 1949, le célèbre philosophe Martin Heidegger a écrit: « Ce n'est pas un livre pour enfants, c'est le message d'un grand poète qui soulage de toute solitude et par lequel nous sommes amenés à la compréhension des grands mystères de ce monde. C'est le livre préféré du professeur Martin Heidegger. »

L'Institut de pastorale s'associe à tous les amis du petit prince pour célébrer son soixantième anniversaire. La chose irait de soi dans une faculté de littérature ou un département d'éducation. Mais est-ce approprié dans un centre de formation pastorale? Le récit d'Antoine de Saint-Exupéry est-il un conte religieux? Propose-t-il une expérience chrétienne?

Comme toutes les oeuvres poétiques, Le Petit Prince de Saint-Exupéry fait appel à des images et à des symboles qu'on retrouve dans l'univers religieux: le désert, l'étoile, le serpent. Les grands thèmes religieux sont là, au coeur même du récit: l'amour, la fidélité, la mort, la vie.

Le désert

Dans le conte de Saint-Ex comme dans la Bible, le désert favorise la quête de sens et la découverte du nomade qui marche au fond de nous-mêmes ou qui refuse d'avancer. Dans Terre des hommes, Saint-Exupéry écrivait: « Le désert pour nous? C'était ce qui naissait en nous. Ce que nous apprenions sur nous-mêmes ». [5] Le décor dans lequel évolue le récit de Saint-Ex – c'est-à-dire le désert – illustre concrètement cette expérience de la naissance à soi-même. Devant ce désert comme devant un miroir, l'auteur s'est reconnu dans l'enfant au foulard: « Le plus fidèle portrait que Saint-Ex nous ait laissé de lui-même est le portrait de cet enfant qu'il nomme le petit prince. L'ancien pilote, l'écrivain fêté, porte caché en lui ce dépôt précieux avec un sourire un peu triste. Et c'est autour de la rencontre du pilote et de l'enfant qu'il construit ce livre. ». [6] Citons de nouveau Terre des hommes: « J'ai trahi mon but si j'ai paru vous engager à admirer d'abord les hommes. Ce qui est admirable d'abord, c'est le terrain qui les a fondés. ». [7] L'auteur rejoint toutes les transhumances, ces passages désertiques que sont les expériences de purification et de découverte de soi-même. Le désert peut aussi devenir une remontée jusqu'à la source, jusqu'au pays originel, jusqu'à l'enfance. C'est ce qu'affirme la soeur de Saint-Ex, Simone: « On a souvent interprété ce conte comme un envoûtement du désert. Il faut à mon avis y voir autre chose et que ses dessins révèlent: une allusion continue à sa vie d'enfant qui restait pour lui une source jamais épuisée. » [8]   Le petit prince reconnaît: « Si j'avais cinquante trois minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine... »  « Le désert est beau, ajouta-t-il. Et c'était vrai. J'ai toujours aimé le désert. On s'assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n'entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence... – Ce qui embellit le désert, dit le petit prince, c'est qu'il cache un puits quelque part... ». [9]

Les grands espaces interplanétaires

D'un côté le désert, de l'autre l'espace infini des étoiles et des planètes. Ailleurs. Au-delà. C'est tout un monde de mystère qui s'étale au-dessus des têtes. Une tapisserie, mais une tapisserie qui bouge, lentement. Si loin que soient les étoiles et les planètes, elles exercent mystérieusement  leur influence sur notre propre planète. Elles imposent un rythme. Elles permettent de mesurer le temps et d'établir les calendriers. La Genèse ne dit-elle pas: « Qu'il y ait des luminaires au firmament du ciel pour séparer le jour de la nuit, qu'ils servent de signes tant pour les fêtes que pour les jours et les années, et qu'ils servent de luminaires au firmament du ciel pour illuminer la terre. » (1,14-15) Les anciens croyaient que les astres manifestaient des puissances divines qui dominent les êtres humains et fabriquent leur destin. Ainsi se développèrent les sciences astronomiques et l'astrologie. Les religions anciennes composaient avec les astres qu'elles percevaient comme autant de dieux et de déesses. « D'invisibles divinités, dit Saint-Exupéry, bâtissent un réseau de directions, de pentes et de signes, une musculature secrète et vivante. Il n'est plus d'uniformité, tout s'oriente [...] Tout se polarise. Chaque étoile fixe une direction véritable. Elles sont toutes étoiles de Mages. » [10]

La Bible reconnaît dans les astres, des serviteurs de Dieu, sa cour céleste. Pas des divinités cependant. Étoiles et planètes sont des créatures de Dieu au même titre que tout le reste de l'univers. Elles accompagnent les personnages illustres. Elles guident les voyageurs. L'étoile la plus célèbre est sans doute celle des mages qui se rendirent à Bethléem se prosterner devant l'Enfant de la crèche (Cf. Matthieu 2,1-12).

Étoiles et planètes dans le conte du petit prince sont présentées comme des lieux d'habitation. Des personnages y évoluent. Ils sont occupés. Ils habitent. Dans Citadelle, Antoine de Saint-Exupéry écrit: « Car j'ai découvert une grande vérité. À savoir que les hommes habitent, et que le sens des choses change pour eux, selon le sens de la maison. ». [11] En écho, cette conversation entre l'aviateur et le petit prince: « Lorsque j'étais petit garçon j'habitais une maison ancienne, et la légende racontait qu'un trésor y était enfoui. Bien sûr, jamais personne n'a su le découvrir, ni peut-être même ne l'a cherché. Mais il enchantait toute cette maison. Ma maison cachait un secret au fond de son coeur... – Oui, dis-je au petit prince, qu'il s'agisse de la maison, des étoiles ou du désert, ce qui fait leur beauté est invisible! – Je suis content, dit-il, que tu sois d'accord avec mon renard. » [12]

Avant d'arriver chez nous, sur la Terre, le petit prince s'est arrêté sur différentes planètes. Sur chacune, un seul habitant.

Il y a d'abord un vieux roi obsédé par le pouvoir. Il donne des ordres et s'ennuie de manquer de sujets pour en donner. Il tient tellement à être obéi qu'il transforme les désirs du petit prince en commandements. Le contrôle, il tient à garder le contrôle. N'est valide que ce qui est contrôlé par lui.

Il y a ce vaniteux qui espère des admirateurs. Tout tourne autour de sa personne. Tout est ramené à lui. Prend-il la parole, c'est pour attirer l'attention sur son moi. Il fait penser au pharisien de la parabole du publicain et du pharisien: « Je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme les autres hommes » (Luc 18,11).

Sur une autre planète, l'enfant rencontre un homme d'affaires, qui compte, qui calcule, qui aligne des chiffres. Les seules valeurs qui ont de l'importance sont du côté de la quantité. Il me fait penser à certaines évaluations qui, parfois, nous échappent. « – Comment ça a été votre soirée de prière? – Une réussite, nous n'attendions que quinze personnes, il en est venu vingt-neuf! » Et l'atmosphère, et le recueillement, et l'aménagement du temps de prière, et les textes bibliques médités? Il y avait vingt-neuf personnes! Quel succès!

J'aime beaucoup l'allumeur de réverbère. Le petit prince l'aime bien lui aussi parce que cet homme n'est pas rivé sur lui-même. Il pense aux autres. Cependant, il est aussi mal pris que les pasteurs et les agentes de pastorale d'aujourd'hui. La situation de sa planète a changé, mais il continue d'appliquer les mêmes règles d'autrefois. Il est débordé, essoufflé. Il allume et éteint son réverbère sans arrêt.

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[1] Cf. DUPUIS, Jérôme et Tristan SAVIN,, « Et Saint-Ex créa Le Petit Prince...  », dans Lire. Hors série, no 3, 2006, p. 26-32.

[2] Ibid., p. 27.

[3] Ibid., p. 27.

[4] Cité dans l'article de DUPUIS et SAVIN, p. 29

[5] Terre des hommes, Paris, Gallimard, 1980, p. 81

[6] CHEVRIER, Pierre, Saint-Exupéry, Paris, Gallimard, 1958, p. 73

[7] Ibid., p. 161

[8] SAINT-EXUPÉRY, Simone de, « Antoine et le langage des images », Musées et collections publiques de France et de l'Union française, no 17, 1958, cité dans Il était une fois... Le Petit Prince. Textes réunis et présentés par Alban Cerisier, Paris, Gallimard, 2006, p. 213

[9] Le Petit Prince, p. 75-76

[10] Cité par Pierre-Henri SIMON, dans L'Homme en procès. Malraux-Sartre-Camus-Saint-Exupéry, Paris, À la Baconnière, 1950, repris dans  Il était une fois... Le Petit Prince. Textes réunis et présentés par Alban Cerisier, Paris, Gallimard, 2006, p. 270

[11] Citadelle, Paris, Gallimard, 1965, p. 28

[12] Le Petit Prince, p. 78