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Ce numéro de la revue « la vie spirituelle » porte sur le thème de la seconde conversion.

Il a été préparé par l'équipe de l'Institut de pastorale et les articles sont disponibles dans notre bibliothèque virtuelle : Janvier 2004


Être adulte et croyant dans la culture actuelle

Paul-André Giguère (ancien professeur à l'IP)
Conférence donnée à Rimouski le 14 mars 2004

Permettez-moi d'abord de vous remercier de votre invitation. C'est un grand honneur que vous me faites de me recevoir, surtout après avoir reçu des personnalités publiques comme madame Viviane Labrie et Monseigneur Maurice Couture qui sont des gens de terrain et d'action, alors que mon service d'Église se situe davantage sur le plan intellectuel, dans la réflexion et la formation. Que nous soyons engagés prioritairement dans l'action ou dans la réflexion, cependant, tous et toutes nous travaillons à ce que la Bonne Nouvelle demeure bonne et nouvelle.

Car un des drames de la culture québécoise actuelle, c'est que pour elle, l'Évangile n'est ni bon, ni nouveau. Aux yeux de plusieurs, la tradition catholique et même tout l'héritage judéo-chrétien doivent être rejetés parce qu'ils s'identifient à la répression, le culte de la souffrance, la méfiance face au plaisir, l'entretien de la culpabilité, et j'en passe. Et que l'Évangile n'apparaisse pas « nouveau » apparaît dans l'accent mis dans la question suivante qui nous est parfois adressée : « Tu crois encore à ça ? »

Alors aujourd'hui, ma contribution comportera une conviction, deux difficultés d'être adulte et croyant, trois textes bibliques interpellants, quatre traits de la culture correspondant à quatre chantiers majeurs et se terminera par l'énoncé de cinq pistes d'action. Rien de moins !

1. Une conviction

C'est une certitude très forte chez moi, qui nourrit mon espérance et contribue à me faire tenir bon : il y en a, parmi nous, qui sont en train de réinventer le christianisme. Rien de moins. Souvent sans le savoir, généralement sans en avoir fait clairement le projet ni s'être donné de mission, des femmes, des hommes, sont en train d'esquisser un nouveau visage, de façonner un nouveau langage, de développer une nouvelle pratique pour la foi millénaire des disciples de Jésus. On dit en Afrique que la forêt qui pousse fait moins de bruit que l'arbre qui tombe. Le christianisme occidental est comme un arbre géant qui est brisé. Comme pour tous les arbres brisés, il y pousse encore quelques feuilles pendant deux ou trois ans, comme par miracle, et ces feuilles peuvent faire illusion. Mais c'est la petite repousse qui porte l'avenir. Une petite repousse à partir de la racine et non à partir du tronc brisé.

Cela, vous devinez, est une affaire d'adultes.

2. Une double difficulté

Or, il est difficile d'être adulte aujourd'hui. Sans doute ça n'a jamais été facile. Mais notre époque est riche en défis majeurs. J'en énumère quelques uns qui apparaissent relativement nouveaux par rapport à ce qu'était la vie adulte il y a, disons, cinquante ans encore.

On observe d'abord un éclatement des calendriers. Avant, il y avait un âge pour étudier, un âge pour quitter la maison et fonder un foyer, un âge pour avoir des enfants, un âge pour prendre sa retraite. Rien de cela ne tient aujourd'hui. Chaque personne est un peu laissée à elle-même pour faire l'agenda de sa vie, en composant avec des circonstances que, souvent, elle n'a pas choisies. En conséquence, nous souffrons d'une absence de modèles. Les vies de ceux et celles qui nous ont précédés dans la vie adulte étaient généralement régulières, avec plein de lignes continues. Cela ne correspond pas aux contraintes avec lesquelles nous devons composer la nôtre.

Ces bouleversements touchent particulièrement, nous le savons, la vie de couple et l'emploi. Non seulement il y a de l'instabilité dans la durée de la vie du couple, mais il existe maintenant plusieurs formes de vie de couple ; chaque couple doit trouver laquelle lui convient à ce moment-ci et avoir la souplesse de modifier cette forme quand la dynamique du couple change. Du côté de l'emploi, ce n'est pas plus stable. Non seulement les restructurations d'entreprise ou les différentes réingénieries sociales liées à la mondialisation menacent la permanence de l'emploi, mais nous sommes de plus en plus nombreux à souhaiter changer de milieu de travail et, parfois, carrément d'emploi, quand nous avons l'impression d'avoir fait le tour et de ne plus trouver rien de stimulant dans le travail actuel.

Même si le concept de maison intergénérationnelle fait du progrès, nous devons reconnaître que dans notre société, il existe un isolement entre les tranches d'âge : les jeunes adultes ont leurs loisirs, leurs lieux, leurs magasins, les personnes d'âge mûr les leurs, les personnes âgées sont elles aussi dans un autre monde. Un autre monde qui met les plus jeunes à l'abri des questions dérangeantes lancées à notre confort par les réalités du vieillissement et de la mort.

Et puis, nos vies d'adultes ne sont plus réglées comme avant par les rythmes de la nature ou de la sirène d'usine. Le temps s'est affolé, et le temps se dégrade en horaire.

S'il est devenu difficile d'être adulte, il est aussi devenu difficile d'être croyant. Sans doute ça n'a jamais été facile. Mais notre époque est riche en défis majeurs. Comme je l'ai mentionné plus tôt, la tradition catholique est malmenée et discréditée. Le langage religieux, utilisé dans les célébrations, les homélies, l'enseignement religieux, apparaît de plus en plus hermétique, un vrai langage ésotérique compréhensible seulement par quelques initiés. Souvent administrés en vitesse, les rites ont beaucoup perdu leur pouvoir évocateur et émouvant et se dégradent souvent en simples cérémonies. Nous n'avons pas de discours chrétien crédible ou de spiritualité vivante pour des réalités importantes dans la vie adulte comme la vie sexuelle, le plaisir ou l'ambition.

Et puis, comme croyants, nous sommes bien seuls. Dans la plupart des milieux, il est presque impossible de parler de la foi, surtout de sa foi, de ses expériences intérieures, de ses aspirations spirituelles, de ses doutes. Souvent c'est même à l'intérieur du couple que ce tabou s'infiltre, par gêne, pudeur, ou parce que l'autre conjoint demeure, pour l'instant du moins, insensible à ces réalités.

Ainsi va « être adulte et croyant » dans la culture actuelle. Un véritable défi.

3. Trois textes bibliques

Face à ces difficultés, une voie est celle de se braquer contre la culture actuelle. De dénoncer cette culture qui met à mal les certitudes d'hier et qui déplace les points de repère auxquels nous pouvons nous fier. Il existe, heureusement, une autre voie. Elle m'est suggérée par trois textes bibliques que je ne développerai pas longtemps, mais que vous pourrez laisser cheminer en vous.

Va à Ninive !   C'est l'ordre que reçoit Jonas, et on sait que son premier réflexe fut de faire exactement le contraire. Comme si votre patron vous disait : Va à Terre-Neuve et vous vous empressiez de réserver un billet pour Saskatoon. Pour Jonas, Ninive, c'est la culture qui ne connaît rien de sa foi et de son Dieu, une culture qui vit sans aucune référence à la révélation du Dieu de l'alliance, une sorte de grand melting pot de toutes les cultures du monde d'alors. Et pourtant, Dieu insiste. Va à Ninive, Jonas, prends assez à coeur le salut de ses habitants pour les inviter à se convertir, c'est-à-dire à changer leur échelle de valeurs, à apprendre à vivre autrement. Apporte la contribution juive à cette culture en lui révélant qu'une autre manière de penser et de vivre est possible et qu'elle est bonne pour l'humanité.

Ayez à coeur la prospérité de la ville où je vous ai déportés et priez pour elle. C'est cette fois le prophète Jérémie qui s'adresse aux hommes et aux femmes qui ont été déportés à Babylone et qui ne rêvent que de revenir à Jérusalem, au pays de l'unanimité religieuse, de leurs certitudes et de leurs habitudes anciennes. Le prophète leur dit au contraire de s'établir dans cette nouvelle culture et d'y apporter leur contribution positive. Cette parole anticipe d'une manière audacieuse le Sermon sur la montagne : « Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent ». L'histoire devait donner raison à Jérémie : non seulement la communauté juive a-t-elle contribué à la prospérité babylonienne (pensons à la banque Murashu, par exemple), mais elle a été elle-même considérablement enrichie sur le plan de sa foi par l'expérience de l'Exil au sein d'une tout autre culture.

Serviteur mauvais et paresseux ! Tu aurais dû placer mon argent chez les banquiers... Craignant le risque de perdre ce qu'il avait reçu de son maître, le serviteur avait cru bien faire en mettant en lieu sûr l'argent qui lui avait été confié. C'est ainsi que certains craignent d'exposer l'héritage chrétien au risque de la modernité et de la nouvelle culture.

Ces trois textes nous invitent à nous tourner d'une manière positive vers la culture actuelle et à nous engager à l'habiter pleinement, confiant qu'il en sortira un christianisme renouvelé, peut-être assez méconnaissable sur certains points par rapport au passé. Mais ce ne sera pas la première fois en deux mille ans...

4. Quatre traits de la culture actuelle

Dans cette culture nouvelle, cette Ninive, cette Babylone qu'est notre monde, je vais retenir quatre traits qui sollicitent notre courageuse inventivité. Il y en aurait d'autres, c'est certain, mais j'ai voulu retenir quatre points auxquels nous sommes plus sensibles quand nous sommes dans la vie adulte.

1. Nous vivons dans une société de plus en plus enfermée dans le présent, au sens de présent immédiat. Il y a là pour une part une authentique libération du présent par rapport à un poids de tradition qui peut être étouffant. Cependant, malgré l'intérêt indéniable que rencontrent toujours les recherches généalogiques ou encore des romans, des films ou des téléséries historiques, nous manquons de racines et de points de référence. Nous avons très peu de mémoire collective. Quant au regard vers l'avant, malgré l'intérêt indéniable encore que rencontrent les romans ou les films de science fiction ou d'anticipation, le monde que ces oeuvres nous laissent entrevoir a un visage plutôt inquiétant merci. Le portrait de l'avenir que nous brossent les écologistes est également des plus menaçants. À tout prendre, on aime mieux limiter son champ d'intérêt au présent immédiat.

2. Nous vivons dans une société très individualiste. Il y a là pour une part une authentique libération par rapport aux conformismes de toutes sortes que la société tendait à imposer aux individus. Nous avons maintenant beaucoup plus qu'avant la possibilité d'être nous-mêmes et de nous développer dans notre singulière originalité. Nous avons un sens beaucoup plus grand de la liberté personnelle, qui est à la fois un appel et un don de Dieu. Cependant, l'individualisme s'accompagne d'un risque élevé soit d'isolement, soit de suffisance et de repli sur soi sans avoir besoin des autres et sans se soucier des autres.

3. Nous vivons dans une société hyper-sexualisée. Il y a là pour une part une authentique libération par rapport à une sexualité limitée à sa dimension biologique et reproductrice. Un affranchissement de tabous inutiles venus du puritanisme et du jansénisme qui favorisaient indirectement toute une sexualité malsaine parce que souterraine et clandestine. Nous avons la chance de vivre à un moment de l'histoire où se vit une formidable redécouverte de l'être-au-monde par le corps, les sens, et d'être l'un avec l'autre dans une rencontre de tout l'être. La vie sexuelle est très importante dans la vie adulte et il est dommage qu'elle soit devenue à ce point affaire de commercialisation à outrance (jusqu'à la Saint-Valentin d'être désormais hypersexualisée, c'est la période où les boutiques érotiques font des affaires d'or). Cette libération s'accompagne de plus d'une grande banalisation, ce qui force à explorer des registres de plus en plus en plus extrêmes dont il n'est pas sûr que l'humain, la femme en particulier, sortira gagnant.

4. Enfin, nous vivons au sein de grands bouleversements mondiaux. Il y a là pour une part une authentique libération par rapport à toutes les formes de repli sur soi et d'esprit de clocher. Nous avons maintenant la possibilité de nous joindre à toutes sortes de réseaux, de redécouvrir la solidarité internationale et de développer un sens de la résistance au ras du sol (ex. la simplicité volontaire) ou sur une plus large échelle (cf. Forum social mondial). Cependant, il faut admettre que nous sommes rapidement écrasés par un immense sentiment d'impuissance d'influencer véritablement nos dirigeants et même nos vies personnelles par rapport à ces changements de fond.

En un mot, nous vivons à une époque ni pire, ni meilleure que les autres. Elle a un immense avantage sur toutes les autres : c'est la nôtre. Et comme le disait il y a une vingtaine d'années un théologien du Pérou, « je n'en changerais pas, car nous sommes acculés à la profondeur ».

Ainsi donc, nous ne nous surprendrons pas, nous nous culpabiliserons encore bien moins, si nous trouvons qu'être adulte et croyant dans la culture actuelle, c'est inconfortable ! Ce n'est pas seulement parce qu'aux yeux de plusieurs personnes, la religion, c'est pour les enfants..., ou c'est une béquille utile aux plus faibles, ou parce que cela relèverait de l'infiniment intime, pour ne pas dire du tabou. Ce n'est pas seulement parce qu'aux yeux de plusieurs personnes, la religion a mauvaise presse et qu'on lui préfère le « spirituel », puisque pour elles les religions sont historiquement des facteurs de division, de violence, de sectarisme, d'abus sexuel, de non liberté. Les causes du malaise sont plus profondes, j'ai cherché à le montrer.

5. Cinq pistes

Heureusement, nous pouvons avancer quand même dans cette tâche de réinventer le christianisme. Je propose cinq pistes, de nature très différente.

1. D'abord une attitude à cultiver : entrer dans l'humilité comme chrétiens. Sortir de la suffisance qui a caractérisé les chrétiens et souvent surtout les autorités ecclésiales au temps de la chrétienté. En d'autres termes, il s'agit de consentir à la fragilité. Reconnaissons que c'est vraiment possible que l'Église disparaisse de la culture québécoise, comme elle est disparue d'Afrique du Nord ou achève de disparaître en Palestine. Ou qu'il ne reste qu'une toute petite minorité vivante, faite de communautés issues de l'immigration. Cet avenir ne nous appartient pas. Faisons ce qui nous appartient. Nous ne sommes pas les premiers chrétiens à qui cela est demandé.

2. Puis, continuer de passer d'un univers de pratiques et de croyances à un univers d'expérience de croyant. Il s'agit de ne plus voir « croyant » comme un substantif, quelque chose que l'on est ou que l'on n'est pas, mais de le voir et le vivre, surtout, comme un participe présent, quelque chose que nous sommes en train de vivre. Il s'agit de cultiver le désir, d'accueillir sa soif spirituelle et de l'habiter. Je suis régulièrement témoin ému de ce dynamisme dans le courriel nourri que l'équipe du site spiritualite2000.com entretient avec les visiteurs.

3. Troisièmement, ne pas avoir honte de notre tradition. Il y a des gens qui voudraient tout reconstruire à partir d'eux-mêmes. Ils sont sincères, je n'en doute pas un instant. Mais le poète et philosophe indien Tagore a bien raison, me semble-t-il, de leur dire : Ô insensé qui essaies de te porter sur tes propres épaules ! Ô mendiant qui viens mendier à ta propre porte ! Je crois beaucoup à l'importance de se recevoir d'une tradition. Nous sommes les héritiers et les porteurs d'une riche tradition spirituelle dont nous ne devons pas avoir honte. Nous allons gagner à mieux la connaître et y entrer d'une manière expérientielle. Alors on pourra, sans prétention mais sans fausse humilité, en témoigner et la proposer. Observons en passant que cette tradition n'est pas que par en arrière : cette tradition est aussi par en avant. C'est une tradition d'espérance : l'espérance du Règne de Dieu. La certitude du Règne de Dieu. Une espérance qui mobilise car elledonne une clé de lecture du présent.

4. Une autre piste a trait à la formation chrétienne des adultes. Je crois urgent que l'Église investisse beaucoup des maigres ressources qui lui restent pour multiplier les occasions de se former pour grandir dans sa foi. Et si votre Église diocésaine ou votre paroisse ne bougent pas, n'attendez pas. Investissez-vous dans votre auto-formation. Ce ne sont pas les moyens qui manquent aujourd'hui, me semble-t-il. Internet fait vraiment que « la distance n'a plus d'importance »...

5. Enfin, une autre piste consiste à encourager des regroupements spontanés d'adultes. Je crois que c'est important surtout pour les jeunes adultes qui, étant moins nombreux à consentir à l'appel de l'Évangile, sont plus isolés. Je dis bien des regroupements spontanés ! Pas des organisations d'Église, mais un encouragement de l'Église à ce que l'on se parle de sa vie spirituelle et qu'on la nourrisse là où ça convient et par les moyens qui conviennent. Cela ne se fera sûrement pas dans les salles paroissiales ou les presbytères qui ne seront pas devenus des centres culturels ou des hôtels de ville. Cela se fera dans vos salons, dans vos sous-sols, et pourquoi pas dans votre bar ou votre brasserie préférée ? C'est en effet ce que réalisent depuis des années des groupes anglophones qui ont donné à leur projet le nom suggestif de « Theology on Tap », la « théologie pression » !

Non, j'en suis, sûr, l'Évangile n'a pas dit son dernier mot à l'humanité, y compris à l'humanité du Québec. Les chrétiens ne sont pas allés au bout de leur créativité pour donner un visage original à cet Évangile. Mais cela prend des hommes et des femmes courageux, qui ont une colonne vertébrale et une solidité intérieure, d'autant plus que nous assistons présentement à l'écroulement accéléré du soutien que peut nous offrir l'institution ecclésiale.

Nous sommes à la charnière d'une disparition et d'un commencement. Quel privilège ! Nous avons le privilège d'être les deux ou trois générations qui vont choisir quoi emporter sur l'île déserte : qu'est-ce qui mérite d'être conservé de l'héritage. Jésus lui-même le dit : c'est peu de choses. « Une seule suffit » !

Être croyant, ça va vouloir dire : être espérant.

Et si on est espérant, alors on sera aimant.
Ou si on est aimant, alors comment ne pas être espérant ?